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Anglais américain et britannique : différences à prendre en compte lors de la traduction de documents juridiques

16 Juillet 2025 - Long format

📋 L’anglais est aujourd’hui la langue incontournable du commerce et du droit international. Dans les contrats de droit des affaires, les procédures d’arbitrage ou les correspondances juridiques, il est fréquent de recourir à l’anglais comme langue de travail. Pour l’avocat traducteur comme pour le juriste d’entreprise, cette réalité semble parfois simplifier les échanges : rédiger un contrat ou un courriel en anglais permet de communiquer avec tous les partenaires, qu’ils soient basés à New York, Londres, ou ailleurs.

⚠️ Mais cette apparente uniformité est trompeuse. L’anglais n’est pas monolithique : il existe deux grandes variantes principales, l’anglais britannique (UK English) et l’anglais américain (US English), qui présentent des différences linguistiques, grammaticales et surtout juridiques. Or, dans la traduction juridique, ces nuances ne sont pas de simples détails : elles peuvent modifier le sens d’une clause, l’interprétation d’un contrat, voire l’issue d’un litige.

📑 Exemple concret :

  • Un traité de fusion rédigé en anglais américain contient la clause “Representations and warranties”.

  • Si elle est traduite sans adaptation en français par « garanties », le traducteur efface la distinction essentielle entre affirmations factuelles engageant la responsabilité délictuelle (representations) et obligations contractuelles (warranties).

  • Résultat : le risque de contresens juridique est majeur.

🎯 Cet article a pour objectif d’identifier les différences linguistiques et juridiques entre l’anglais américain et l’anglais britannique qui impactent directement la traduction des contrats et autres documents juridiques. Il propose des exemples pratiques, met en lumière les principaux risques, et donne des bonnes pratiques pour les avocats et traducteurs spécialisés en droit des affaires.

📋 Différences linguistiques générales entre anglais US et UK

Avant même d’aborder le terrain juridique, certaines divergences entre l’anglais américain et l’anglais britannique doivent être connues des traducteurs. Elles paraissent mineures, mais une traduction négligente peut semer la confusion dans un contrat ou un document de droit des affaires.


✏️ Orthographe et vocabulaire

  • Orthographe :

    • US : color, behavior, organization

    • UK : colour, behaviour, organisation

  • Vocabulaire courant :

    • US : apartment → UK : flat

    • US : college (université) → UK : university

    • US : elevator → UK : lift

⚠️ Un avocat traducteur doit éviter les faux-amis qui, dans un contexte contractuel, peuvent modifier l’interprétation d’un droit ou d’une obligation.


📖 Grammaire et syntaxe

  • Prépositions :

    • US : I’m going to a party on the weekend

    • UK : I’m going to a party at the weekend

  • Temps verbaux :

    • US : I already went to London

    • UK : I have already been to London

  • Noms collectifs :

    • US : The government is doing everything it can

    • UK : The government are doing everything they can

  • Verbes irréguliers :

    • US : dreamed, learned

    • UK : dreamt, learnt

💡 Dans un contrat international, l’usage du singulier ou du pluriel pour une entité (the company is / are) peut avoir un impact sur l’interprétation des obligations collectives.


📅 Formats et conventions typographiques

  • Dates :

    • US : November 25, 2020 (MM/DD/YYYY)

    • UK : 25 November 2020 (DD/MM/YYYY)

  • Numération :

    • US : two-thousand-two

    • UK : two-thousand-and-two

  • Ponctuation et guillemets :

    • US : guillemets doubles en premier → “Economic systems … ‘with us whether we want them or not.’”

    • UK : guillemets simples en premier → ‘Economic systems … “with us whether we want them or not”.’

⚠️ Ces détails formels, s’ils sont ignorés, peuvent faire douter de la validité ou de l’origine d’un contrat traduit, notamment lors d’une signature devant notaire ou d’un dépôt administratif.


🎯 Ces différences linguistiques ne sont pas anodines : elles montrent que la traduction juridique exige non seulement la maîtrise du vocabulaire spécialisé, mais aussi une attention aux détails de style et de grammaire, car ils influencent la perception de sérieux et d’authenticité d’un document.

⚖️ Comparaison des systèmes juridiques : US vs UK

Au-delà de la langue, il existe des différences fondamentales entre les systèmes juridiques américain et britannique. Ces divergences impactent directement la traduction juridique et doivent être maîtrisées par l’avocat traducteur ou le juriste impliqué dans un dossier international.


🏛️ Héritage commun, évolutions divergentes

  • Les deux pays partagent l’héritage de la common law, fondée sur la jurisprudence et les précédents (case law).

  • Mais depuis l’indépendance américaine (1776), les deux systèmes ont évolué différemment :

    • US law : rôle central de la Constitution fédérale, importance des cours suprêmes fédérales et étatiques.

    • UK law : importance du Parlement, absence de Constitution écrite, suprématie du droit statutaire (statute law).

⚠️ Une traduction mécanique qui assimile les institutions US et UK peut induire en erreur sur la hiérarchie des normes.


👩‍⚖️ Acteurs du droit

  • États-Unis :

    • Attorney ou Lawyer = avocat, qu’il s’agisse de conseil ou de contentieux.

    • Titre honorifique Esquire (Esq.) utilisé dans la correspondance professionnelle.

  • Royaume-Uni :

    • Solicitor = avocat-conseil (conseil, rédaction, gestion des affaires).

    • Barrister = avocat plaidant (accès direct aux juridictions supérieures).

💡 Exemple pratique : traduire solicitor par « avocat » dans un contrat français peut être acceptable, mais traduire attorney par « notaire » serait un contresens grave.


⚖️ Institutions et juridictions

  • États-Unis :

    • Supreme Court of the United States (SCOTUS) → juge la conformité des lois à la Constitution.

    • Multiplicité des juridictions fédérales et étatiques, avec des compétences parfois concurrentes.

  • Royaume-Uni :

    • Jusqu’en 2009 : House of Lords jouait le rôle de juridiction suprême.

    • Depuis 2009 : Supreme Court of the United Kingdom.

    • Le système distingue Angleterre & Pays de Galles, Écosse et Irlande du Nord.

⚠️ Risque de traduction : rendre « Supreme Court » sans préciser si le texte se réfère à la juridiction américaine ou britannique → ambiguïté majeure dans un contrat international.


📋 Procédure civile et pénale

  • US : Discovery

    • Phase très large de communication de documents, dépositions, interrogatoires préalables.

    • Coût et volume considérables.

  • UK : Disclosure

    • Obligation plus restreinte de communiquer uniquement les documents pertinents.

⚠️ Risque de traduction : traduire discovery par « communication de pièces » en droit français minimise son ampleur → erreur stratégique dans l’évaluation d’un litige.


🎯 En traduction de contrats ou de documents judiciaires, il est donc crucial d’identifier si la terminologie employée relève du droit US ou UK, afin de restituer correctement les concepts dans la langue cible.

📑 Terminologie contractuelle et clauses à haut risque

La traduction des contrats de droit des affaires rédigés en anglais exige une vigilance particulière : certaines clauses récurrentes en droit anglo-saxon n’ont pas d’équivalent direct en droit français, et leur formulation varie selon qu’elles sont issues de l’anglais américain ou britannique.


💰 Indemnification

  • US : indemnify and hold harmless → formule redondante mais fréquente, destinée à couvrir à la fois la réparation des dommages et l’exonération de responsabilité.

  • UK : indemnity → généralement plus sobre, désigne une obligation spécifique d’indemniser une partie dans certaines hypothèses.

⚠️ Risque : traduire littéralement par « indemniser et tenir indemne » peut paraître pléonastique en français et surtout ne pas refléter la portée juridique réelle de la clause.


📜 Covenants

  • US : covenant désigne un engagement contractuel ferme, utilisé dans les contrats financiers (ex. negative covenant = obligation de ne pas faire).

  • UK : le terme est plus restreint, historiquement attaché aux actes authentiques (deeds).

⚠️ Risque : traduire systématiquement covenant par « convention » ou « clause » → perte de sens.
💡 Bonne pratique : préférer « engagement contractuel » ou préciser en note la portée de l’obligation.


📑 Severability clause

  • US : clause classique prévoyant que l’invalidité d’une stipulation n’affecte pas la validité du reste du contrat.

  • UK : également utilisée, mais avec une formulation souvent plus concise.

  • France : la divisibilité des clauses n’est pas automatique (sauf exceptions), donc la traduction doit s’adapter.

⚠️ Risque : traduire severability clause par « clause de divisibilité » sans préciser ses limites → possible inopposabilité devant un juge français.


⏳ Time is of the essence

  • US : stipule que le respect des délais contractuels est une condition essentielle ; leur violation entraîne résiliation ou dommages-intérêts.

  • UK : moins fréquente, ou considérée comme implicite dans certaines matières.

⚠️ Risque : traduire par « le temps est essentiel » = contresens.
💡 Bonne traduction en droit français : « le respect des délais stipulés constitue une condition essentielle du présent contrat ».


📈 Entire Agreement clause

  • US : vise à exclure tout accord antérieur ou parallèle (parole, promesse, échange d’e-mails).

  • UK : également présente mais souvent plus limitée dans ses effets.

  • France : délicate à appliquer en raison du principe de bonne foi et de la possibilité pour le juge de rechercher l’intention réelle des parties (art. 1188 C. civ.).

⚠️ Risque : traduire entire agreement par « contrat entier » ou « totalité de l’accord » → imprécis et potentiellement trompeur.


🎯 Ces exemples montrent que la traduction des contrats ne peut se limiter à un transfert lexical. Elle exige une compréhension fine des différences entre l’anglais américain et britannique, ainsi qu’une mise en perspective avec le droit français.

🔍 Risques pratiques pour la traduction juridique

Une clause mal traduite n’est jamais une simple approximation stylistique. Dans un contrat international, une nuance oubliée peut modifier l’équilibre des obligations, créer une incertitude interprétative et ouvrir la voie à un contentieux.


⚖️ Clauses inopérantes ou nulles

📋 Exemple : une severability clause traduite mécaniquement par « clause de divisibilité » sans précision.

  • En droit US/UK : la clause permet de maintenir le reste du contrat valide si une stipulation est annulée.

  • En droit français : la divisibilité n’est pas toujours admise, et l’article 1184 ancien C. civ. (aujourd’hui 1189) prévoyait que la nullité partielle devait être expressément stipulée.

⚠️ Risque pratique : un juge français peut écarter la clause, la jugeant inopérante → fragilisation du contrat.


🏛️ Mauvaise identification institutionnelle

📋 Exemple : confondre Attorney (avocat US) et Solicitor (avocat-conseil UK).

  • Si un contrat prévoit l’intervention obligatoire d’un Attorney at law et que le traducteur le rend par « notaire », le client risque d’engager un professionnel incompétent au regard du contrat.

⚠️ Risque : nullité ou inefficacité de la représentation, notamment en arbitrage international.


📝 Divergences de procédure

📋 Exemple : traduction fautive de discovery (US) par « communication de pièces ».

  • En réalité, la discovery implique dépositions, interrogatoires écrits et production massive de documents.

  • En droit britannique, la disclosure est plus restreinte.

⚠️ Risque : mauvaise préparation d’une procédure internationale, avec coûts inattendus pour la partie française.


💰 Conséquences économiques

Une traduction approximative peut avoir un coût direct et indirect :

  • temps perdu à corriger des clauses mal rédigées,

  • frais d’avocats en cas de litige,

  • perte de crédibilité auprès de partenaires étrangers.

📖 Exemple chiffré :
Un contrat de 50 pages traduit en interne par un juriste bilingue → 50 heures de travail facturées à 300 €/h = 15 000 €.
La traduction contenait des approximations dans les clauses d’indexation et de résiliation → contestation en arbitrage : 100 000 € de frais de procédure.
💡 Une traduction spécialisée initiale à 8 000 € aurait permis d’éviter ce risque.


🎯 Ces risques montrent que la traduction de contrats et documents juridiques n’est pas un simple exercice linguistique. Elle requiert la double compétence du droit comparé et de la linguistique, faute de quoi les conséquences peuvent être financières, procédurales et réputationnelles.

💡 Bonnes pratiques pour les avocats traducteurs et directions juridiques

Traduire un contrat ou un document juridique de l’anglais américain ou britannique vers le français (ou inversement) ne s’improvise pas. Pour éviter les pièges et sécuriser la documentation, certaines règles de méthode s’imposent.


📋 Identifier la variante linguistique dès le départ

⚠️ Avant toute traduction, il faut vérifier si le texte source est rédigé en anglais US ou anglais UK.

  • Indice : orthographe (organization vs organisation), références légales (US Code vs UK Statutes), institutions (Congress vs Parliament).

  • Cette étape évite les incohérences terminologiques et permet de choisir le glossaire adapté.


📝 Maintenir des glossaires différenciés

  • Construire des glossaires bilingues séparés pour l’anglais US et l’anglais UK.

  • Y intégrer les termes contractuels récurrents (indemnify, covenant, entire agreement, etc.) avec leur équivalent validé en droit français.

  • Mettre à jour régulièrement ces glossaires à partir des dossiers traités.

💡 Cela garantit la cohérence terminologique entre plusieurs contrats ou contentieux d’un même client.


⚖️ Vérifier la compatibilité avec le droit applicable

  • Certaines clauses anglo-saxonnes (ex. severability clause, time is of the essence) n’ont pas d’équivalent direct en droit français.

  • Le traducteur doit :

    • identifier les divergences,

    • signaler les limites d’opposabilité,

    • proposer une reformulation adaptée au droit applicable.

📖 Exemple : en droit français, une clause de résiliation immédiate peut être réputée non écrite (art. L. 145-41 C. com. pour les baux commerciaux).


🔍 Ajouter des notes explicatives si nécessaire

Lorsqu’un concept n’a pas d’équivalent exact, il est préférable d’insérer une note de traduction (NT) ou un commentaire.

  • Ex. discovery → « procédure américaine de communication très étendue de documents et de témoignages ».

  • Cette méthode permet au lecteur (avocat, juriste, juge) de comprendre la portée réelle du terme.


🔐 Sécuriser confidentialité et conformité

  • Interdiction absolue d’utiliser des traducteurs gratuits en ligne pour des contrats sensibles → violation du secret professionnel (art. 66-5 loi 1971) et du RGPD.

  • Utiliser uniquement des plateformes de TAO sécurisées, avec données hébergées en Europe ou chiffrées.


🤝 Travailler en synergie avec les juristes

  • Le traducteur spécialisé apporte la rigueur linguistique.

  • L’avocat ou le juriste valide l’intention juridique.

  • Cette double validation croisée garantit que le texte traduit est juridiquement exact, culturellement adapté et utilisable devant les juridictions concernées.


🎯 En résumé :
Une traduction juridique fiable nécessite un protocole structuré : identifier la variante US/UK, utiliser des glossaires validés, adapter les clauses au droit applicable, assurer confidentialité et validation croisée.

📝 Conclusion

📋 Les différences entre l’anglais américain et l’anglais britannique vont bien au-delà des accents et de l’orthographe. Dans le domaine juridique et contractuel, elles touchent aux institutions, aux procédures et surtout aux clauses sensibles des contrats.

⚠️ Une traduction approximative peut conduire à :

  • la nullité ou l’inefficacité d’une clause,

  • des interprétations divergentes en contentieux,

  • des surcoûts pour les cabinets d’avocats et les directions juridiques,

  • la mise en cause de la responsabilité professionnelle du praticien.

🎯 Pour l’avocat traducteur ou le juriste d’entreprise, la vigilance s’impose : identifier la variante linguistique, sécuriser la terminologie et adapter les clauses au droit applicable sont des étapes indispensables. La traduction juridique de documents de droit des affaires n’est pas seulement un exercice linguistique : c’est un enjeu stratégique qui conditionne la sécurité et l’efficacité des opérations transnationales.


❓ FAQ – Questions fréquentes

Q1 : Les différences entre anglais américain et britannique concernent-elles seulement l’orthographe ?
Non. Elles portent aussi sur la grammaire, le vocabulaire juridique, les institutions, les procédures et la terminologie contractuelle.

Q2 : Quelles clauses contractuelles sont les plus risquées à traduire ?
Les clauses d’indemnisation (indemnify and hold harmless), de divisibilité (severability clause), de délais (time is of the essence), et les entire agreement clauses.

Q3 : L’anglais américain est-il plus courant que l’anglais britannique en droit des affaires ?
Oui, l’anglais US domine dans les contrats commerciaux et de M&A. L’anglais UK reste prépondérant en arbitrage international et en finance.

Q4 : Un juriste bilingue peut-il assurer seul la traduction d’un contrat ?
Non. Même bilingue, il peut manquer de connaissances en droit comparé. La traduction juridique exige une double compétence linguistique et juridique.

Q5 : Comment éviter les erreurs de traduction dans un contrat international ?
En identifiant la variante US/UK, en utilisant des glossaires validés, en ajoutant des notes explicatives si nécessaire, et en travaillant en collaboration avec des traducteurs juridiques spécialisés.

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